Voici mon premier texte du projet Bradbury.
Idée de départ: Dans le train, la jeune fille qui était à côtè de votre personnage a oublié un carnet.
Cela fait bien huit heures maintenant que je suis dans ce train. Et je m’ennuie à mourir. Par la fenêtre, les plaines sans fin de l’Ontario et du Manitoba. J’ai voulu traverser le pays sur les rails, à l’ancienne. Je ne m’attendais pas à de telles étendues. Rien ne brise la monotonie du paysage et les autres voyageurs ne semblent pas d’humeur à la discussion. Ils sont tous plongés dans leur téléphone, je me demande comment ils font; je n’ai plus aucun réseau depuis longtemps.
Il y a bien eu une jeune fille, mais elle est descendue depuis une bonne heure. Nous avons passé un bon moment entre Montréal et Toronto. D’abord timide, elle a ensuite bavardé avec moi sans aucune gêne. Elle est française, comme moi. Nous avons ainsi passé notre temps à parler de notre mal du pays et à comparer nos différentes spécialités régionales. Dommage qu’elle ne soit pas restée; j’aurais bien essayé de la draguer plus sérieusement.
Maintenant que je repense à elle, je m’aperçois qu’elle a laissé son carnet sur la tablette de son siège. Peut-être pourrais-je y trouver son adresse pour le lui renvoyer ? Mais pas question de lire ce qu’il s’y trouve, ce serait impoli. Et je suis un gentleman, la plupart du temps.
Un doux parfum s’échappe des pages, je n’avais pas remarqué que la jeune femme sentait si bon tout à l’heure. C’est comme si le carnet m’invitait découvrir les secrets de sa propriétaire. Je me sens envoûté tandis que je commence ma lecture.
« Demain, c’est le grand jour. J’ai acheté mon billet de train pour le rejoindre. Je sais qu’il m’attend, même s’il ne le sait pas encore. J’imagine ses yeux plein de vie et son sourire lumineux. Je me suis faite la plus belle possible pour lui. J’ai même mis mes plus belles dentelles. Et si cela ne suffit pas, j’ai le plus doux des parfums pour le subjuguer. »
Des frissons commencent à me parcourir pendant que je lis. En voilà un qui a de la chance ! Je respire une nouvelle fois les pages noircies et me prend à imaginer à quoi peuvent bien ressembler les dentelles dont elle vient de parler. Je les vois de couleur lavande, à la fois pleine d’innocence et provocante dans leur manière de laisser découvrir les formes de leur propriétaire. Je me souviens maintenant que la jeune femme avait une magnifique poitrine généreuse et ferme. Tout ce que j’aime en fait. Ils doivent être si doux à toucher …
« Je me souviens de l’avoir rencontré dans mes rêves, il y a plusieurs mois de cela. Au début, je n’y croyais pas; les rêves ne sont que des chimères après tout. Mais chaque nuit, je le revoyais et était la témoin des évènements de sa journée. Comme si je vivais déjà à ses côtés. Lui ne se rendait compte de rien. Je suis la seule à connaître notre lien secret. Je sais que bientôt il sera à moi, comme je suis déjà à lui. »
Arrivé là, je n’ai qu’une seule envie: poser le carnet et oublier les seins magnifiques de la voyageuse. Mais je reste envoûter par son parfum et fasciner par cet amour pour le moins irréel. Pourtant, je suis loin d’être fleur bleue. Ce serait même le contraire, mes nombreuses conquêtes vous le diront. D’ailleurs, je reste persuadé que l’inconnue serait une excellente compagne d’un soir. Et ce parfum, mon dieu qu’il me fait tourner la tête ! J’aurais pris un tel plaisir à lui faire oublier ce fantasme pour un homme bien réel.
« Quand j’entrerai dans le train, il sera là. Je me suis bien assurée d’avoir une place à côté de lui. Aucune chance qu’une autre prenne ma place. »
Pardon ?! Je relis les lignes avec attention. Cette fille parle de moi ? Elle est complètement folle ! Mon imagination vient de se prendre une douche froide. Je ne visite pas les filles dans leurs rêves à ma connaissance et n’en ai aucune envie. Quand à être leur grand amour, encore moins ! C’est alors que je remarque que personne ne s’est assis à côté de moi depuis le début du voyage; pourtant le train est bondé. Ressaisis-toi mon vieux ! Elle a juste voulu faire une blague à celui qui serait trop curieux.
Je referme brusquement le carnet et essaie de penser à autre chose. Sans succès, le parfum continue de m’obséder, comme s’il m’appelait. Une odeur si douce et pleine de promesse à la fois; l’innocence et la sensualité mélangés.
Je décide d’aller faire un tour au bar pour me sortir l’odeur des narines et penser à autre chose. A mon retour, quelle n’est pas ma surprise de voir mon siège occupé !
– Excusez-moi monsieur, mais vous êtes à ma place.
– Vous en êtes sûr ? Est-ce que vous pouvez regarder votre billet ?
Je sors mon billet d’un geste décidé et m’apprête à lui dire ma façon de penser lorsque je m’aperçois avec stupeur qu’il a raison ! Je me suis trompé d’un rang
– Je n’ai pas voulu vous déranger alors que vous discutiez avec cette belle jeune femme.
C’est alors que je remarque les yeux bleus plein de vie et le sourire lumineux. Quelle déception elle a dû ressentir …
– Pas de problème, vous pouvez rester ici. Et je crois que le carnet est pour vous, vous devriez y jeter un coup d’oeil.


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