Les rues de Mirabélis sont pleines à craquer. Les salariés du quartier des finances se pressent pour rentrer chez eux après leur journée de dix heures au bureau. Il ne regardent rien, ni personne. Leur regard vide se concentre sur un point devant eux. Lorsqu’on les observe de plus près, on peut remarquer qu’ils se ressemblent tous avec leur costume sombre et leur cartable en cuir marron. Aucune orginilatié, ni individualité. Il faut se fondre dans la masse le plus possible. Ce qui importe à Mirabélis, c’est d’être productif, pas d’être unique; encore plus dans le quartier des affaires, le cœur économique de la ville. Le Ministère de la Réalité Économique veille aux grains. Les salariés du quartier ont un agenda réglé à la minute près; tout est calculé pour qu’ils soient le plus rentable possible dans leur travail. Ainsi, ils portent une montre créée par le Ministère de la Productivité Heureuse qui suit leurs besoins physiologiques en temps réel. Une sonnerie se fait entendre pour leur rappeler leurs besoins les plus basiques: boire, manger, aller aux toilettes ou encore prendre une pause. Pendant un temps, la pause du midi a été remplacée par la prise de pilules nutritives. Le Ministère a dû faire marche arrière, la productivité a connu une chute vertigineuse bien que le temps de travail ait augmenté. Les salariés ont besoin d’un minimum de temps de pause pour être performants. Il aura fallu plusieurs suicides pour le faire comprendre aux fonctionnaires de la Réalité Économique. On ne plaisante pas avec la productivité à Mirabélis.
Il n’existe donc pas vraiment d’heure de pointe mais un flot continu de personnes se rendant au travail. C’est la montre qui décide des horaires de travail de chacun. Les commerces se sont donc adaptés en ouvrant à toute heure du jour et de la nuit; il faut bien que tout le monde puisse consommer. La ville ne s’arrête donc jamais et sa prospérité est inégalée. Le Ministère s’est débarassé de toutes les activités non productives ou presque. Il en reste encore quelques unes, comme le cabinet de médium de Mademoiselle Sidonie. Mais elles sont étroitement surveillées; lorsqu’elles ne serviront plus la Réalité Économique, elles seront fermées sans autre forme de procès. Drôle de société, me direz-vous. Pourquoi ne se révoltent-ils donc pas ? C’est simple, ils n’en ont premièrement pas le temps. Les habitants sont constamment occupés et quand ils profitent de dix minutes de repos, ils ne sont pas suffisamment nombreux pour fomenter une révolution. Et deuxièmement, la productivité économiqueest telle que les Mirabéliens ont les moyens de s’acheter ce qu’ils veulent; la pauvreté n’existe pas. En contre-partie, il faut accepter quelques entorses aux libertés individuelles. La plupart des gens vous diront que c’est gagnant-gagnant. Bref, vous l’aurez compris, tout est pensé et réfléchi dans l’optique de gagner toujours plus. Rien n’est jamais laissé au hasard à Mirabélis.
Mais au milieu de cette monotonie calculée, un jour, une nouvelle boutique attire l’attention dans le quartier des affaires : un fleuriste. Elle se trouve dans un petit local vide depuis des années, car on le dit maudit. Étrange croyance pour une société si matérialiste me direz-vous. Mais il faut dire qu’aucune des boutiques n’est restée ouverte plus d’un mois dans ce local. Tous les propriétaires ont juré que le mauvais œil les poursuivaient depuis qu’ils avaient mis le pied dans les lieux. Donnons-leur le bénéfice du doute. C’est donc une jeune femme qui a bravé le sort pour le louer. Pendant plusieurs jours, les passants ont pu la voir peinturer et agencer l’espace. Dans ce quartier plutôt terne, elle a opté pour des couleurs vives. Personne ne peut louper le magasin, c’est certain. Une énorme marguerite multicolore orne la devanture et des sceaux colorés contiennent des dizaines de fleurs odorantes qui enchantent ceux qui passent par là. Si les gens se montrent tout d’abord sceptiques, le sourire de la jeune propriétaire les encourage bientôt à entrer voir les merveilles qu’elle leur propose. En entrant, c’est une explosion de couleurs et de senteurs qui accueillent les clients: roses, marguerites, orchidées ou encore lavande n’attendent que d’être achetées pour ensolleiler la vie de ceux qui les auront choisis. Alice, la fleuriste, est heureuse de conseiller ses clients sur les fleurs à acheter pour telle ou telle occasion. Elle est aussi là pour leur apprendre le langage des fleurs; un jeune homme brûle de passion pour une jeune fille ? Une douzaine de roses rouges pour déclarer sa flamme. Une jeune femme qui veut redonner le sourire à une amie en peine de cœur ? Un bouquet à base de lilas et de pivoine blanche. Chacun repart avec exactement ce qu’il voulait sans même le savoir. C’est simple, la petite boutique ne désemplit pas. Fini la malédiction ! Alice devient la coqueluche du quartier et sa boutique son rayon de soleil. Les bureaux se parent de bouquets odorants et donnent le sourire aux salariés. Les fonctionnaires du Minsitère en charge de la surveillance de Floraison Magique ne comprennent pas comment elle peut connaître un tel succès. Ils s’attendaient à révoquer son permis dans un mois, force est de constater que la boutique perdure. A tel point que les hauts fonctionnaires du Ministère se posent des questions: comment de simples fleurs peuvent-elles avoir autant d’impact économiques ? Pourquoi cette Alice a-t-elle autant de succès dans un local qui n’a vu que des échecs jusqu’à aujourd’hui ?
– Ce n’est pas normal ce qu’il se passe à la Floraison Magique ! Vous devez enquêter tout de suite. Je veux qu’un inspecteur haut gradé s’occupe de cette affaire.
Le responsable des permis du Minsitère hurle dans son bureau et il n’est pas content. Il avait parié sur la fermeture de la fleuriste pour faire détruire l’immeuble et le transformer en salle de sports.
– Se tenir en forme est plus important qu’un bout de plante qui sent bon ! Je veux que la boutique soit fermée. Je me fiche de savoir comment vous allez vous y prendre.
C’est l’inspecteur en chef Maxime Fournier qui écope du dossier. Cela fait bientôt vingt ans qu’il travaille pour la Réalité Économique et on ne peut pas lui reproche son manque d’orthodoxie. Il prend un malin plaisir à faire fermer la moindre boutique qu’il juge contraire aux valeurs de son Ministère. Il est fier d’être le fer de lance de la réussite économique de Mirabélis.
– Cette Alice n’a qu’à bien se tenir, je vais lui faire fermer boutique en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.
Le lendemain, il se rend donc à la Floraison Magique. Une jeune femme brune aux yeux noisettes l’accueil avec le sourire. Voici donc la fameuse Alice, pense-t-il. Elle n’a rien d’extraordinaire et la boutique fait au mieux mal aux yeux.
– Bonjour Monsieur, comment puis-je vous aider ?
– Maxime Fournier, heureux de faire votre connaissance. Votre réputation m’a mené jusqu’à vous, il paraît que vous capable de fournir un bouquet de fleurs qui plaira à n’importe qui franchira votre porte. Je viens vous mettre au défi.
Alice cligne des yeux un instant, elle ne comprend pas vraiment ce que vient de dire son client. Un défi ? Mais pourquoi donc ?
– Je n’ai pas cette prétention. Je crois seulement que tout le monde a le droit à un moment de bonheur dans sa journée. Si mes fleurs peuvent l’y aider, j’en serais heureuse.
C’est au tour de Maxime de ne pas comprendre: du bonheur ? Pourquoi faire ? Il jette un coup d’œil rapide autour de lui. Tout est coloré et innocent. Sans savoir pourquoi, il commence à sourire; chose rare pour l’inspecteur en chef.
– Pour quelle occasion voulez-vous un bouquet ? Bien que si vous voulez mon avis, il n’y a pas besoin d’avoir une occasion spéciale pour s’offrir des fleurs.
– Surprenez-moi dans ce cas.
Alice regarde longuement son client: la quarantaine, le teint pâle de ceux qui travaillent trop et des yeux qui ne s’émerveillent plus de rien. Il a raison, ce sera un vrai défi de lui proposer un bouquet qui lui plaira. Elle ferme donc les yeux et se laisse aller à son instinc. Elle identifie chaque parfum de fleur et les trie selon leur potentiel émotionnel. Non, pas celui-là, trop banal. Et celui-ci, trop sophistiqué. Enfin, elle trouve ! Une hellébore, autrement appelée rose de noël. Avec l’hiver qui s’en vient ce sera parfait. C’est une fleur discrète mais lumineuse qui pourra faire fleurir un printemps dans le cœur de son client. Quand elle rouvre les yeux, le regard de Maxime est fixé sur elle. On dirait qu’il veut m’enfermer, se dit-elle.
– J’ai trouvé la fleur parfaite pour vous, monsieur Fournier. Permettez-moi d’aller la chercher.
Sans hésiter, elle se rend dans un coin de la boutique et en revient avec une superbe fleur pourpre.
– Je vous présente Helleborus pourpre. Elle fleuri même au cœur de l’hiver. Vous pourrez la garder longtemps et elle ensoleillera vos rêves si vous la garder dans votre chambre.
– Merci, Mademoiselle Alice. Pourrais-je la rapporter si elle ne me convient pas ?
– Bien entendu, mais je crois sincèrement que cette fleur est faite pour vous. Passez une excellente journée Monsieur Fournier.
Maxime ressort de la boutique, son hellébore sous le bras. Une faible odeur de miel vient lui chatouiller les narines. Il adore le miel. Mais, il ne perd pas de vue son objectif. Pour l’instant, il n’a rien vu qui pourrait justifier la fermeture des lieux. Ce n’est que partie remise. Sa montre lui indique qu’il est temps de retourner chez lui. Bien qu’il veuille encore travailler sur le dossier, il obéit docilement et rentre à la maison. Sans savoir pourquoi, il installe son pot de fleur dans sa chambre, comme conseillé par Alice. C’est vrai qu’elle est belle, se dit-il. J’aime ce pourpre profond et quelle bonne odeur de miel.
D’un coup, un souvenir lui revient en mémoire: sa mère en train de préparer des baklavas. C’est une recette qu’elle avait ramené de l’un de ses voyages avant que le Ministère décide que les voyages n’avaient aucune valeur. Il adorait ces patisseries orientales. Sa mère lui avait même expliqué comment les faire. Il devait encore avoir la recette quelque part. Sans attendre, il part à la recherche du précieux souvenir. Il l’a mise avec ce qu’il a gardé de sa mère après son décès. Il regarde les mots écrits de la main de sa chère disparue. Les larmes lui montent aux yeux. Il se rend compte à présent qu’il n’a pas pensé à sa mère depuis des années et que cela lui fait du bien. Pourtant, il décide de ravaler ses larmes, il n’a pas le temps pour ça. Il hésite un court instant à se lancer dans la confection de baklavas avant de renoncer. Il n’a aucune raison de le faire. Il est seul chez lui et doit réfléchir au cas de la Floraison Magique. Pendant toute la soirée, il tourne et retourne sa visite chez Mademoiselle Alice dans sa tête. De toute évidence, il n’a pas été drogué puisqu’il n’a rien bu, ni rien mangé. La jeune femme ne l’a pas obligé à acheter quoi que ce soit d’autre que ce qu’il lui a demandé; aucune vente forcé donc. Il regarde la prix de son hellébore et le compare avec les autres prix sur la base de données du Ministère. Le prix est correcte, même légèrement plus bas que la normale. Là non plus, on ne peut rien lui reprocher.
– Je ferais mieux d’aller me coucher. J’aurais les idées plus claires demain matin. C’est effectivement le moment que choisi sa montre pour lui dire d’aller dormir. Il n’a pas le choix de faire ce qu’elle lui demande.
D’habitude, Maxime a du mal à s’endormir malgré les séances de méditation proposées par sa montre. Mais ce soir, tout ce passe à merveille, à peine a-t-il posé la tête sur l’oreiller qu’il s’endort d’un sommeil réparateur. Il se retrouve alors dans sa maison d’enfance, avec sa mère. Elle lui raconte une histoire, celle d’une fillette qui décide de parcourir le monde pour en savoir le plus possible sur toutes les cultures. “Je veux devenir riche. Dit-elle. Riche de culture !” Ses yeux d’enfant pétillent d’envie tandis que sa mère lui dit tout bas que la plus grande richesse n’est pas l’argent, mais la grandeur d’âme.
– Tu pourrais être la personne la plus riche du monde. Mais tu te sentiras toujours aussi seul et vide si ton âme n’est pas réveillée. Le gouvernement actuel ne croit pas ça et je sens que bientôt tout sera contrôlé par ce nouveau ministère de la “réalité économique”. Je t’en prie mon chéri, ne te laisse pas couper les ailes par ces gens.
Maxime se réveille en sursaut, c’est ça montre qui sonne. Il est l’heure de se lever pour aller au bureau. Pendant qu’il prépare son petit déjeuner, les paroles de sa mère tournent en boucle dans son cerveau. Il avait oublié qu’elle lui avait dit ça un jour. Cela ne l’étonne pas d’elle, elle était un esprit libre qui ne voyait dans la prospérité économique qu’un moyen de contrôle de la population. Mais c’est également ce qui l’a perdue. Elle s’est retrouvée sans argent et n’a pas été capable de payer pour le traitement de son cancer. Elle est morte dans d’attroces souffrances pendant que lui se retrouvait dans une famille d’accueil aux antipodes de l’éducation qu’il avait reçue jusque là. Les convictions de sa nouvelle famille ont peu à peu remplacer celle de sa mère tant aimée. Ce n’est qu’aujourd’hui qu’il pense de nouveau à elle. Oh maman, ne suis-je pas en train de devenir tout ce que tu ne voulais pas que je devienne ? Sa montre le rappelle de nouveau à l’ordre: il doit partir maintenant pour être prêt à travailler dans vingt minutes. C’est le temps qu’il lui faudra pour aller au Ministère en courant, ce qui lui fera sa dose quotidienne de sport.
Il repasse alors devant la Floraison Magique, Mademoiselle Alice est en train de remplir les sceaux colorés devant sa boutique. Une riche odeur florale lui donne le sourire. Il ne l’avait jamais remarqué jusque là. Mais il commence à comprendre pourquoi les gens préfèrent désormais passer de ce côté de la rue. C’est alors que son regard accroche celui de la fleuriste. Elle lui sourit largement. Comme toute réponse, il lui offre un signe de la main. Il n’a pas le temps de s’arrêter et si elle savait exactement pourquoi il est venu, elle ne lui sourirait pas si gentiment. Quand il arrive au bureau, c’est pour se rendre compte qu’un mémo l’attend sur son bureau: le chiffre d’affaire de la Floraison Magique dépasse encore des records et c’est inadmissible. Les fleurs n’offrent aucune plus value économique au Ministère, cela doit cesser ! Maxime regarde le mémo avec attention, sa résolution d’hier encore est bien loin maintenant. Il ne sait plus ce qu’il doit faire. L’odeur de l’hellébore s’impose à son esprit et avec elle, les valeurs de sa mère. Non ! Ce ne sont que des foutaises, le Ministère a raison. Sans productivité monétaire, la société court à sa perte. Les plus faibles mourront faute de soin. La Réalité économique a fait en sorte que chacun puisse vivre une belle vie; les idées de sa mère lui ont coûtées la vie !
– Monsieur Fournier, vous êtes de retour ! Comment va votre hellébore ?
– Mademoiselle Alice, est-ce que vous mettez de la drogue dans vos fleurs ?
– Je vous demande pardon ?
– Vous avez bien compris ma question. Je suis inspecteur en chef du Ministère de la Réalité Économique, on m’envoit pour enquêter sur votre boutique. Votre réussite économique est suspecte et ne produit aucune valeur. Si vous ne collaborez pas, je demanderais la fermeture de la Floraison Magique.
Le visage de la jeune fleuriste semble sur le point de se décomposer, mais elle se reprend rapidement.
– Je sais qui vous êtes, Monsieur Fournier. C’est votre nom qui apparait sur chacune de mes inspections par vos services. Pour répondre à votre question: non, il n’y a aucune drogue dans les fleurs. Juste mon amour pour elle et mon amour des gens. Tout le monde a le droit à un moment de bonheur. Et cela n’a pas de prix.
Il le savait, elle est comme sa mère ! La pauvre ne sait pas ce qui l’attend si elle continue sur ce chemin. Il doit l’aider, la convaincre que ce n’est pas la bonne route à prendre. Il décide alors de la convaincre.
– Ah oui, les inspections… comment ai-je pu oublier cela ? Mademoiselle Alice, vous êtes sur la mauvaise pente. Votre générosité ne vous sauvera pas quand vous en aurez besoin et…
– N’essayez pas votre discours ministériel sur moi. Cela ne servira à rien. N’avez-vous pas expérimenté le pouvoir de mes fleurs hier ? N’avez-vous pas ressenti des choses que vous n’aviez ressenties depuis longtemps ? Les gens ont besoin d’espoir et de bonheur, tout autant et sinon plus que tout ce que votre satanée montre peut offrir. Si vous voulez fermer ma boutique, je vous en supplie de me laisser me défendre. Je vous propose un marché: pendant une semaine vous allez vous occuper de votre hellébore. Si au bout d’une semaine, vous n’êtes pas convaincu par ce que je viens de vous dire, vous pourrez fermer ma boutique.
Maxime ne peut s’empêcher de penser qu’elle a du cran: mettre en jeu sa précieuse boutique sur un pari aussi insensé est courageux.
– Et si je change d’avis ?
– Alors vous m’emmenrez dîner au restaurant le plus chic du quartier. Son sourire pétillant lui donne des papillons dans le ventre. Voici une jeune femme que sa mère aurait appréciée. Il lui tend la main.
– J’accepte votre proposition. Nous nous reverrons dans une semaine Mademoiselle Alice.
Pendant une semaine, Maxime prend religieusement soin de son hellébore. Et à chaque fois qu’il sens son délicat parfum, de nouveaux souvenirs d’enfance reviennent. Sa mère redevient vivante à ses yeux. Et comme pour le remercier de ses soins, la plante continue de fleurir et de fournir de nouveaux bourgeons. L’inspecteur en chef se rend également compte que le temps passe plus vite quand il est au chevet de sa plante, il se sent plus calme. Il n’a eu recourt à aucune séance de méditation depuis le début de l’expérience et ne prend plus aucun somnifère. Sa montre ne lui rappelle plus aussi souvent de se reposer, ses indicateurs physiologiques n’ont pas été aussi bons depuis longtemps. Il a même finalement cuisiné les baklavas qu’il s’était refusé plusieurs jours auparavant.
Au bureau, ses collègues lui disent tous qu’il semble plus zen que d’habitude et qu’il n’est plus l’ours qu’il était encore la semaine précédente. Chaque matin, il voit Mademoiselle Alice devant sa boutique qui lui sourit. Il s’est promis de ne pas lui parler avant la fin de l’expérience. Mais il ne peut s’empêcher de la guetter dès qu’il passe devant la Floraison Magique.
Arrive enfin la fin de la semaine tant attendue. Maxime se rend chez la jeune fleuriste avec son hellébore. Elle est devenue magnifique. Alice se retourne quand il entre dans la boutique.
– Monsieur Fournier ! Vous voilà ! Et avec notre amie hellébore. Elle est superbe, vous en avez pris grand soin à ce que je vois.
– Je vous dois des excuses, Mademoiselle. Vous aviez raison, grâce à cette plante, j’ai renoué avec l’enfant qui était en moi. J’avais pratiquement oublié ma mère et la voilà revenue dans mes souvenirs. Ses valeurs n’auraient jamais dû me quitter. Je ferais dès demain un rapport pour demander que toutes poursuites contre vous soient abandonnés.
– Ce qui veut dire…
– Que vous gardez votre boutique.
– Oui, mais surtout cela veut dire que monsieur l’inspecteur en chef Fournier doit m’emmener au restaurant.
Maxime éclate de rire. Il se rend compte que la jeune femme a changé sa vie. Il se penche donc vers elle avec un sourire charmeur.
– Effectivement, mais je vous prie, appelez-moi Maxime.


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