Louis passe la soirée avec elle, tout en sachant qu’il ne pourra pas la baiser ce soir. Elle lui raconte qu’elle est allée s’acheter de nouveaux vêtements et qu’elle lui a rapporté un cadeau.
— Merci, lui répond-il simplement en regardant les boutons de manchettes. Tu as du goût, ils sont tout à fait mon style. Et tu dis que les vendeuses t’ont reconnue ?
— Oui, elles ont toutes regarder la Cérémonie à la télévision. Elles sont tombées des nues quand je leur ai dit mon budget. Merci pour ça, c’est une somme énorme !
— Si tu savais à quel point c’est peu pour moi… En tout cas, toute la ville saura bientôt à quel point je suis un généreux Protecteur. Tu me feras un petit défilé de lingerie.
Ce n’est pas une question. Elle hoche la tête en signe de soumission.
— Oui, bien entendu, dès que j’aurais reçu le tout.
Elle sent immédiatement que ce n’est pas ce qu’il voulait entendre. Il se rapproche, une moue de reproche aux lèvres.
— En fait, je pensais plus à maintenant pour le défilé. Mon père m’a dit que l’Académie vous en fournissait plusieurs ensembles. J’aimerais beaucoup les voir tout de suite.
Il caresse lentement sa joue avant de descendre vers son cou puis sa poitrine. « Nous n’avons pas la même perception de deux jours », se dit-elle amère. Elle se lève avec la grâce naturelle qu’elle a appris à cultiver à l’Académie.
— Si tu veux bien me laisser quelques minutes, le temps que je prépare tout ça.
Il s’enfonce dans le canapé, l’air satisfait.
— Prends tout le temps qu’il te faut, j’attends.
Quelques minutes plus tard, elle revient dans le salon dans un ensemble en soie rouge. Elle a remis ses talons hauts et se déhanche comme un mannequin professionnel. Elle s’approche de lui et se penche pour lui caresser les jambes en lui laissant le loisir d’admirer ses seins largement visibles.
— Tu es magnifique…
Son regard ne quitte pas son corps. Elle aurait aimé qu’il regarde aussi son visage, mais c’est peine perdue. D’une main joueuse, elle passe ses doigts sur son pantalon au niveau de l’entrejambe avant de repartir vers la chambre. Elle revient ensuite avec un ensemble noir transparent qui montre ses seins galbés et son intimité.« Cette lingerie est celle qui te va le mieux », lui avait un jour dit Noélie « parce qu’il joue sur cette dualité qu’il y a en toi entre l’innocence et la recherche du plaisir. » Son cœur se serre un instant.
Elle a choisi les deux pièces les plus sexy, comprenant très bien ce qu’il veut d’elle. La mort de Noélie est toujours présente dans son esprit, mais elle se force à sourire. C’est son rôle, elle doit le divertir et non pas pleurer la mort de sa meilleure amie sur son épaule. Pour ça, il faudrait quelqu’un d’autre… Lui peut-être le lui aurait permis. « Concentre-toi Solène ! Tu es le jouet préféré ! Alors agis comme tel. »
Elle s’approche de nouveau de Louis pour lui souffler d’une voix sensuelle.
— Il suffit d’un seul mot et …
Son regard s’enflamme, encore touché. Il aime le contrôle qu’il a sur elle et surtout qu’elle le lui dise.
— Enlève tout, mais doucement… et caresse-toi pour moi. Oublie cette mauvaise nouvelle en jouissant pour moi.
Elle s’exécute avec un sourire joueur. On lui a appris l’art du strip-tease bien évidemment. Elle joue donc de ses charmes pour lui. « Regarde-moi Noélie, moi aussi, je sais jouer maintenant », se dit-elle en fixant son Protecteur dans les yeux. Le désir qu’elle y lit commence à se communiquer à elle. Elle commence par enlever son soutien-gorge pour dévoiler ses seins ronds et fermes. Elle se caresse les seins du bout des doigts pendant qu’il la regarde, les yeux pleins de désir.
— Tu es la meilleure…
Elle n’aime pas cette manière qu’il a de la regarder comme l’objet qu’il a acquis. Mais elle passe outre pour le moment. Il ne le sait pas, mais son objectif est de prendre le contrôle avant qu’elle n’ait terminé son show. C’est le seul moyen qu’elle trouve pour anesthésier sa douleur. Il est déjà proche de craquer, elle le voit à ses pupilles dilatées de désir et son énorme érection bien visible à travers son pantalon. Elle pose son talon haut sur le canapé pour lui donner accès à sa jambe. Il pose sa main sur sa cheville et remonte jusqu’au genou. Gagné ! Elle s’assoit donc sur ses genoux.
Après qu’il a joui, il la regarde avec un mélange de satisfaction et de mépris, il se croit le héros de ce qui vient de se passer. Il n’en a pas conscience, mais il vient de perdre une manche capitale.
Louis s’est enfin endormi. Comme la nuit précédente, il ne s’est pas contenté d’un orgasme. Il lui en a fallu plusieurs pour qu’il s’endorme enfin. Solène est toujours réveillée. Des larmes silencieuses sont de retour maintenant que le plaisir est passé. Car elle doit encore se l’avouer, elle a une nouvelle fois pris du plaisir avec lui. Un plaisir lourd et froid qui lui a permis d’oublier un instant la douleur de la perte. Elle est désormais de retour, Solène ne cherche pas à la réprimer. Il faut que les larmes coulent pour faire son deuil.
Elle se souvient de la première fois qu’elles se sont rencontrées. Elles ne faisaient pas encore partie de l’Académie, mais venaient passer le test d’entrée. C’était il y a un peu plus de trois ans. Le processus pour devenir apprentie Précieuse est lent et fastidieux.
Tout commence par un dossier à remplir et quelques obligations : avoir 17 ans, être toujours vierge et avoir de bonnes notes à l’école. Avec son 133 de QI, Solène n’a aucun problème pour remplir cette condition, comme pour les deux autres. Une fois le dossier accepté, les jeunes filles sont soumises à un test de sélection dans l’enceinte de l’Académie : elles sont invitées à un faux rendez-vous avec un professeur de l’école et doivent le séduire aussi bien avec leur corps qu’avec leur esprit.
Pour cela, l’Académie fournit tout ce qu’il faut : vêtement, maquillage et coiffure selon les désirs de la jeune femme. Solène avait décidé de tout miser sur une fausse innocence et une grande connaissance de l’actualité. Pendant qu’elle attendait que la loge se libère, elle avait remarqué une jeune femme blonde aux grands yeux bleus. Elle dégageait un magnétisme intense, Solène n’avait pas pu résister à l’envie de mieux la connaître.
— Bonjour, mon nom est Solène, et toi ? Elle lui avait tendu la main.
— Bonjour, moi, c’est Noélie. Que c’est doux Solène, c’est comme si le soleil devenait de la soie !
Elle avait rougi sous le compliment.
— Es-tu venue avec tes parents ? Les miens viennent tout juste de partir.
— Non, je suis seule. Mes parents sont morts dans un accident de voiture il y a six mois. C’est pour ça que je suis ici.
— Je suis tellement désolée pour toi.
Elles avaient continué à discuter jusqu’au moment où on les avait appelées pour aller s’habiller. Solène avait choisi une robe en dentelle fleurie. Elle se souvient encore de l’odeur de cosmétique dans la loge et de tous les produits de maquillage sur la table. Elle avait passé un temps fou à décider comment se coiffer et se maquiller. Elle s’était regardée dans le miroir pendant de longues secondes, ne se reconnaissant pas vraiment. Elle avait toujours privilégié le naturel au maquillage. Mais aujourd’hui, elle devait se donner toutes les chances pour y arriver. « Ils comptent sur moi ! » Sa famille avait cruellement besoin d’argent. C’est elle qui avait eu l’idée de postuler à l’Académie. À l’époque, elle n’avait aucune idée de dans quoi elle s’embarquait exactement. Le referait-elle encore maintenant ? Probablement.
Elle s’était retrouvée face à un homme d’une quarantaine d’années. Le professeur de conversation apprendrait-elle plus tard. Pendant plus d’une heure, ils avaient discuté de tout et de rien. Solène avait joué au maximum de son langage non verbal pour lui donner l’impression qu’il lui plaisait. Elle se souvient du regard appuyé vers sa poitrine légèrement visible sous la dentelle. Et encore, elle avait pris la robe la moins sexy de la penderie.
Une fois qu’elle avait eu terminé, elle avait attendu plusieurs minutes pour voir si Noélie avait également terminé. Elle voulait savoir comment cela s’était passé. La jeune fille avait fait son apparition moins de dix minutes plus tard, visiblement satisfaite d’elle. Elle était venue naturellement vers elle pour lui parler de nouveau.
— Je crois que j’ai réussi, il me mangeait littéralement des yeux. Je ne sais pas s’ils s’aperçoivent à quel point c’est malsain de demander à des jeunes filles de 17 ans de séduire des hommes qui seront potentiellement leur professeur. Mais je ne vais pas me plaindre, j’ai besoin de cette chance afin de recommencer ma vie. Et toi, comment ça a été ?
Elle portait une robe fourreau bleu comme ses yeux. Elle faisait beaucoup plus que ses 17 ans.
— Très bien, je crois. Il a aimé ma conversation. Nous avons parlé de l’avènement de l’intelligence artificielle et de la place qu’elle prendrait dans la production culturelle. C’était très intéressant.
— Tu te trompes, ce qu’il a aimé, c’est cet air innocent et cette belle paire de seins. Le reste, il a juste fait semblant de s’y intéresser. Ce qu’ils veulent, c’est une poupée docile et sexy. Rien d’autre !
Noélie parlait sans filtre, cela lui plaisait. Tandis qu’elle était beaucoup plus réservée.
— Solène, chérie, c’est l’heure, nous devons y aller !
Ses parents étaient arrivés et elle avait dû partir.
Quelques mois plus tard, elle avait reçu sa lettre d’acceptation. On lui expliquait qu’elle logerait avec une autre jeune fille de son âge pendant ses trois ans à l’Académie. Quelle n’avait pas été sa joie quand elle s’était retrouvée avec Noélie sans sa chambre.
— Noélie !
— Solène ! Tu vois, je savais qu’on se reverrait. Tes seins sont toujours aussi magnifiques, tu pourras les remercier. Je suis sûre qu’ils ont gagné ton billet d’entrée ici.
— Toi aussi, tu es toujours aussi belle.
Noélie était l’incarnation parfaite de la beauté blonde : peau laiteuse, yeux bleus et doux, taille de guêpe. Solène se trouvait bien minable à côté d’elle. Mais elle aimait son franc-parler. C’est ainsi que commença leur amitié. Elle allait durer pendant toutes leurs études à l’Académie. Elle est la seule à qui Solène avait osé parler de « Lui ». Elle s’était gentiment moquée d’elle et de son côté fleur bleue.
— Tu es beaucoup trop innocente pour ce monde de requins, lui avait-elle dit un jour. Il va falloir que tu t’endurcisses ma chérie.
Elle avait raison comme toujours. Au fil du temps, Solène avait appris que sa naïveté pouvait être à double tranchant. Elle était devenue plus dure et plus stratégique. Sans son amie, elle ne serait jamais arrivée là où elle en était. Dans les pronostics des bookmakers, Noélie arrivait tout de suite après elle. Son caractère indomptable était sa plus grande faiblesse et elle s’était adoucie au contact de son amie. Leur relation leur était mutuellement bénéfique. Noélie s’était adoucie au contact de Solène tandis que cette dernière avait appris à s’endurcir. « Nous ne sommes pas dans un conte de fées », lui répétait sans cesse Noélie.
Solène essuie une nouvelle larme silencieuse sur sa joue. Elle se rappelle de ces instants comme si c’était hier. Elles s’étaient promis de ne pas se perdre de vue, de faire en sorte que leur Protecteur deviennent aussi amis pour se voir le plus possible. Tout ceci n’arrivera jamais.
À côté d’elle, Louis bouge dans son sommeil. Elle retient sa respiration pour ne pas le réveiller. Elle ne pourrait pas faire l’amour s’il se réveille maintenant. Heureusement, il se tourne vers l’autre côté du lit. Elle se lève lentement pour aller admirer les lumières de la ville. On dirait qu’elles l’apaisent. Son esprit vagabonde vers d’autres souvenirs, mais ils sont bien trop douloureux pour être évoqués maintenant. Une autre fois peut-être… quand la peine se sera estompée. « Ma chère Noélie … comment vais-je continuer sans ton amitié ? », murmure-t-elle dans la nuit.
Une foule de détails lui revient en mémoire : l’odeur de son parfum, son amour pour les chats ou encore son humour dévastateur ! Elle était un vrai rayon de soleil et si Solène a tenu les trois ans à l’Académie c’est grâce à elle. Elles se sont soutenues l’une l’autre dès le premier jour. Et même si Noélie s’est montrée plus distante pendant ses derniers mois, elles restaient tout de même les meilleures amies du monde. Elles s’étaient promis de rester présentes l’une pour l’autre, peu importe quel Protecteur les prendrait sous ses ailes. Les larmes montent de nouveau et elle décide les laisser couler ; elle en a besoin. Personne d’autre qu’elle ne pleurera son amie, elle lui doit cet hommage. Et tant pis si Louis ne peut pas comprendre ça !
Elle se souvient de leur dernier jour à l’Académie, quand elles se sont décidées pour leur tenue pour la Cérémonie. L’une avait choisi la robe de l’autre avec le regard d’un amant. Noélie était nerveuse, beaucoup plus que d’habitude. Elle avait mis cela sur le compte du stress de la Cérémonie. Pourquoi ne lui avait-elle pas confié son mal-être ? Elle aurait tout fait pour qu’elle se sente mieux. Si seulement elle avait su, alors peut-être que… Elle étouffe un sanglot dans son bras, elle le mord même pour que Louis n’entende rien. L’article ne dit pas quand aura lieu l’enterrement, ni où et même s’il y en aura une.
— Solène, viens te recoucher, j’ai froid !
La voix plaintive de Louis la tire de sa rêverie.
— Oui, j’arrive dans une seconde, je vais prendre un verre d’eau.


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